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Moral au beau fixe !

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Tout va bien ici. Toujours la gueule de travers comme un matin d’après Gras, sauf que je n’ai rien bu, je le jure, le Rhum c’est pour après. Je ne regarde pas les autres. Je fais ma route comme elle me semble, et j’essaie de faire avancer le bateau, qui avance assez bien sans moi d’ailleurs. GV, un ris et solent, sous 20/25 nœuds. Je contourne petit a petit l’anticyclone et la dorsale que je vois venir avant de mettre le clignotant à gauche derrière le front froid. Après on verra, mais je crains que les Alyzes soient pour une autre traversée!

Je pensais au Mouez Port Rhu de Douarnenez, et je leur proposerais bien une chanson avec comme refrain « et que pour s’amuser, c’est sur Vill’ de Douarnenez qu’il faut embarquer ! »
Moral au beau fixe donc !

Bertrand Guillonneau

A l’oblique

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Ici, je vis et dors oblique, pour encore un bon bout de temps, d’un côté ou de l’autre, avec l’humidité qui suinte de partout. Je me protège comme je peux. Je dors beaucoup car il me semble que c’est encore ce qu’il y a de mieux faire dans ces conditions, le pilote s’occupe du reste.

L’anticyclone est en face. Et il faut que j’aille en faire le tour. Longue route au près en perspective, la crème solaire sera pour l’arrivée !


Premières impressions sur la Route du Rhum

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Départ un peu gaché par un Perros de mauvaise humeur sans doute, ou qui était trop impressionné par le monde, toujours est-il qu’il a fallu le rentrer en catastrophe et s’y reprendre à deux fois pour passer la bouée de cap Frehel.
Dommage pour moi qui n’est pas pu profiter de l’ambiance, dommage pour les spectateurs et dommage pour mon classement car me voilà donc dernier, sans aucun doute.*

Après ces balbutiements, me voilà apres une nuit de course à traverser le rail d’Ouessant, la fameuse zone de séparation du traffic qui permet d’éviter que d’autres Torrey Canon viennent jouer a saute mouton sur nos cotes.

Après, c’est la pleine mer, l’océan devant moi, plus d’arrêt en vue que celui de l’arrivée. Je suis un peu impressionné, je dois dire. Auparavant je m’étais toujours arrêté quelque part, aux Acores, à Madere, à St Pierre et Miquelon, mais ce n’est que du bleu, et en grand !

L’intérieur du bateau ressemble a un grand étalage de sacs en tout genre, je suis sur Grand Voile et Gennaker, sous 20 nœuds, avançant tranquillement dans une mer plate, je suis sûr que les multi doivent se  régaler…

Aujourd’hui, analyse météo et préparation de tout mon petit matériel pour le premier front qui devrait arriver bientôt sur mes Poèmes.
Kenavo !

Derniers jours

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J’ai pu, tout le long de ces quatre mois pris, préparer le bateau, et je me rends compte à l’activité fébrile qui règne sur les pontons que tous n’en sont pas là, à moins que j’ai loupé quelque chose, ce qui est  certain mais ma cécité me rassure. Du coup, il m’est peut-ëtre plus facile de m’extraire de cette ambiance de bruits, de monde, d’agitation qui règne sur les quais, les stands, la vieille ville au point que j’en oublierais même St Malo que je vois mal, caché par les mats, les hauts-parleurs.

Je regarde un plus fréquemment les fichiers météo, je range chaque objet sur le bateau pour les retrouver tous même dans le noir, j’essaie de prendre mon rythme et retrouver mes automatismes de mer.

Hier, journée à verifier les programmes de mes deux ordinateurs, le principal et celui de secours, contöler l’électronique et décider de la laisser allumer cette dernière semaine, un détail de plus qui pointe la proximité du départ, presque son imminence, reconfigurer l’AIS qui est maintenant au nom de "Poèmes bleus", il était temps, etc. Ce matin la dernière visite de sécurité, une barrière de plus qui est franchie, ne reste presque plus que l’écluse Dimanche matin à l’aube, mais on gagne une heure… puis le départ 6 heures plus tard..

De mails qui tombent dans ma boîte à courriels, des visites imprévues, des rencontres rythment ces derniers jours, sans pression, et dont je profite avec les douarnenenistes qui sont là et nourrissent de véritables Kouign Amann pétris et cuits sur place des visiteurs éberlués; aujourd’hui un aquarium pour expliquer la faune et la flore de l’estran aux plus jeunes, tandis qu’en arrière-fond d’écran de l’INA, imperturbable et quasi-muet par la technologie cette fois, Georges Perros marche en noir et blanc dans les venelles de Douarnenez et se pose peut-ëtre quelques questions dont on devine des réponses;

 

A St Malo

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C’est un blog bien espacé que j’ai entrepris, je m’en rends compte aux courriels que je reçois et qui s’inquiètent de mon projet, et surtout je réalise que la préparation à cette course m’a pris bien plus de temps, d’énergie que je ne l’aurais jamais imaginé; sans doute l’inexpérience, mais le travail en valait la peine, il me semble que "Poèmes bleus" est beau comme jamais, prêt comme je le souhaitais, grace à l’aide tous et de tout ce temps que je lui ai consacré. Mais maintenant place à "Ville de Douarnenez" puisque c’est sont nom ici, dans le bassin Vauban de St Malo où je suis arrivé il y a quatre jours après 24 heures de convoyage agréable. Déjà être là est une vraie victoire pour l’amateur que je suis, quatre ans de projets qui se concrètisent brutalement quand je vois les pontons qui s’agitent, les préparateurs qui s’activent, des bateaux partout, entouré de noms illustres dans la voile, étonnant décalage après ces mois de labeurs à Douarnenez où j’oubliais presque que je n’étais pas seul à entretenir le rêve.

Enfin prêt, il ne le serait jamais, mais j’abandonne maintenant les détails qui me semblent inutiles et seulement propres à entretenir une tension stérile; mais il reste quelques choix stratégiques à prendre et je commence à regarder plus régulièrement la situation météorologique prévue pour le départ et les jours suivants, d’où dépendent le choix des voiles qui n’est pas encore  d’éfinitivement pris, Code 0 ou trinquette? J’ai encore un peu de temps.

Et puis des livres à emmener dont je viens de terminer la liste aujourd’hui: "Poèmes bleus" bien sûr et "La pointe du Raz dans quelques uns de ses états", un texte de Perros qui vient d’être réédité à l’occasion de la Route du Rhum avec un fac similé des pages qui contiennent de nombreuses illustrations, et enfin pour conjurer le sort le dernier livres traduit en français d’Imre Kertész "Journal de galère".

 

Bouts dehors

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‘ai cassé mes deux bouts-dehors, un sans savoir comment pendant un somme, l’autre déjà fragilisé par une réparation précédente et mal réparé sans doute, en bordant tranquillement mon gennaker. Le premier a été réparé dans un atelier improbable, par une ancienne connaissance que je retrouvai par hasard, Marc Genesty que j’avais rencontré il y a longtemps échoué sur les bords brouillardeux de l’Oise et que je retrouve ici, sur les bords du Port Rhu, à construire le nouveau kyte-boat d’Anne Quéméré avant sa traversée du Pérou à Tahiti. Un ancien atelier de bois noir au sol sablé et ce mélange de rustique et de haute technologie m’étonne quand le voilà me rendant un bout dehors refait, renforcé et sans doute plus solide encore qu’il ne l’était avant.



Il me restait à un trouver un autre et de coups de fil en coups de fil, j’appelle Sébastien Aubin, près d’Etel, qui me propose de m’en faire un à façon en quelques semaines, à temps pour que je le teste avant le départ. Cela m’est une meilleure solution que d’acheter un tube tout fait puisque la longueur n’est bien sur pas standard, puis faire faire les finitions encore et les renforts.

Ce sont des contacts qui se nouent au gré des casses et des soucis, des questions de plus en plus précises que je me pose et m’empêchent parfois de dormir mon saoul, ces moments qui me racontent ma préparation au Rhum.

Le ciel sur la tête

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1000 milles ce n’est pas grand chose, on me dira, mais c’est beaucoup quand il s’agit de ma première sortie en condition réelle, loin du plateau continental avec un bateau que je ne connais finalement que depuis peu, à passer 6 jours dans le brouillard et le crachin en permanence sans voir le soleil du mois d’aout, et ne voir de la terre que Tréboul au départ et Jersey à l’arrivée.

Alors on peut dire que tout c’est bien passé, puisque je suis parti et arrivé en bateau et obtenu ma qualification; on peut dire aussi que ca a été intéressant de connaitre ce bateau dans la vraie mer, voir ses réactions au vent et à la vague, de faire les manœuvres seul et loin des cotes; dire que c’est instructif de faire quelques erreurs par ci, par là, de faire la liste des choses qui cassent ou qui ne marchent pas comme je le souhaite; et puis aussi on peut dire que c’est difficile, très difficile, que ces bateaux sont incroyablement durs, sautent et vibrent à tout bout de champ, que l’on s’y cogne, s’y fait du mal, qu’on arrive pas à s’y faire à manger, qu’on est sur le pont qu’à quatre pattes, rampant comme un insecte pas encore sur le dos, qu’on est en permanence sur le qui vive à se demander comment anticiper la prochaine erreur et imaginer l’éviter, si c’est possible.

C’est tout cela à la fois, mais en pire, ou en mieux, c’est selon le moment.

J’avais emmené mon casque de montagne au cas ou je devrais monter en tête de mat, et je le mettais a l’intérieur quand j’avais quelques temps à y passer, ça m’a diminué la peur de m’y faire mal et je pouvais enfin m’assoir un peu, il ne me restait plus que le ciel à me tomber dessus…

De retour, je débriefe, réfléchis posément à ce qui a marché, et un peu moins et pas du tout. Il me reste deux mois pour passer au niveau supérieur, il n’y a pas de temps à perdre.

 

Départ de Qualification

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C’est donc aujourd’hui, toute à l’heure pour la marée que je débuterai mes 1000 miles de qualification, et comme le choix du parcours est libre, c’est plein Ouest que je naviguerais d’abord, puis retour par l’Irlande et le Fasnet que je n’ai pas revu depuis quelques années, les Sorlingues et enfin Jersey, escorté en Manche alors par mon célèbre motard.

Après une escale à St Helier, je redécouvrirai la Manche et ses courants, ses cailloux et ses pièges, comme une préparation à ce qui m’attend le 31 Octobre et le 1er Novembre, ne pas me retrouver totalement perdu pendant ces premiers bords où des miles peuvent facilement se perdre…

Tout est pret, il me semble, et je testerai en condition réelle les bateau et ses voiles, l’électronique, ma consommation électrique, mes rations de nourriture, mon sommeil, cela me fait un joli programme.

On annonce du vent dominant Nord-Ouest puis Ouest, 10-15 noeuds qui me suffisent bien pour l’instant, histoire de prendre confiance et améliorer mes réglages.

J’emmène quelques livres dont le dernier sur mon port d’attache: “Douarnenez, tu l’aimes et tu ne la quittes jamais” dont le titre n’annonce que du bon…et le dernier recueil de Lorand Gaspar “ Dans le dos de Dieu”, cela devrait me suffire pour les quelques 5 jours de navigation prévus, et puis quelques "Papiers collés", bien sur….

Je vous raconterais.

 

Nouvelles du front

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 Je profite d’un passage de fronts sur la Bretagne pour donner quelques nouvelles, maintenant que je suis à Douarnenez depuis trois semaines à prendre mes aises sur « Ville de Douarnenez/Poèmes bleus ».

Déjà un week-end en “course” autour de l’ile de Groix pour la Chrono, histoire de voir où en sont les autres 40′ qui participeront aussi au Rhum et comprendre le chemin qui me reste à parcourir si je veux être moi aussi dans la course. Maitriser les manœuvres et acquérir les automatismes des envois des voiles, comprendre les réglages fins et ne plus me laisser surprendre par les forces en jeu ou un boute qui traine. Chaque manœuvre peut sinon devenir vite épuisante et n’aboutir à aucun bénéfice en terme de vitesse et de cap. Apprendre les caractéristiques des voiles, me familiariser avec les équilibres des poids, des ballasts, du passage du bateau dans la mer, etc

Je suis rentré ensuite sur Douarnenez dans un petit temps, nuit belle et étoilée avec une lune finissante. La rentrée dans la baie est toujours aussi belle, une fois passées la Vieille et la Plate, le clignotant à droite, c’est une ambiance de début du monde…

 

Ici, le bateau prend sa place dans le paysage du port de Tréboul et le projet de Poèmes bleus et de « Ville de Douarnenez » s’installe, déjà des enfants du Centre Aéré sont venus le visiter et discuter avec moi de la course, du nom que j’ai choisi pour ce bateau, des racines que je veux laisser prendre et se perdre où elles le voudront. Un projet de concours de poésie se met en place et je partirai de St Malo avec une hotte remplie de poèmes que les enfants des classes primaires auront écrit pour l’occasion, j’aurais donc de la lecture…

 

Et puis je prépare maintenant mon parcours de qualification de 1500 milles que je débuterais ce vendredi prochain vers l’Espagne, une remontée vers le Fasnet que je voudrais contourner encore une fois et redescendre ensuite vers Jersey, pour me réhabituer à cette Manche, ses courants et ses embuches, avant de démancher vers Douarnenez comme au 31 Octobre prochain.

 

Préparation donc intensive, autant que possible, pour me sentir en confiance avec moi-même, mon projet et le bateau.

On se retrouvera le jour de ce premier départ de qualification.

Moins 146 jours!

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Me voila donc inscrit parmi 23 autres pour l’instant, c’est officiel puisque c’est !, un autre point de non retour sur le chemin qui me mènera jusqu’à St Malo est atteint.

Je lis dans la liste les noms des concurrents, la plupart connus de réputation, et je sens bien que je suis l’amateur dans ce groupe. D’ailleurs, à lire les portraits de skippers de Class40 dans le Rhum 2010 que Voiles & Voiliers publie régulièrement, entre Pierre-Yves Lautrou et Thierry Bouchard, je comprends bien que l’amateurisme n’a pas pour nous trois la même signification. Il paraît que Charlie Chaplin disait «  La vie est trop courte pour devenir professionnel », ou dans la même veine, Perros : « Travailler, travailler, comme si j’avais le temps! » Quand même, il me faudra travailler encore beaucoup pour être cet amateur que je souhaite devenir et faire une belle Route. Mais du coup, cette position d’outsider que je m’octroie, la seule du reste qui m’est naturellement possible, me convient, m’ôtant toute pression inutile et me permettant de me concentrer sur mon projet, mon entrainement.

À ce propos, Mickael Hédouis qui est en charge du pôle mini de Douarnenez et a accepté de m’entrainer, propose d’organiser sur Dz quelques sessions :

semaine du 20 au 24 Septembre : électronique, mécanique et météo, avec sortie au large (2 jours)

semaine du 4 au 8 Octobre : météo et sortie, manœuvres

semaine du 18 au 22 Octobre : sortie au large et convoaye à St Malo, les bateaux devant y être au plus tard le 22

la veille et le jour du départ, briefing météo

On cherche donc d’autres skippers intéressés pour nous rejoindre sur Douarnenez!

Pendant ce temps, à terre, le projet se construit avec la Ville de Douarnenez et des Perrossiens comme Emmanuel Guibert qui a dessiné mon spinnaker: la motobécane que chevauchait Georges Perros quand il allait en vadrouille ici ou là dans ce bout de fin du monde finistérien, pour faire dans la tautologie. Entre l’écriture de Serge Bloch sur la coque et la grand-voile et le dessin d’Emmanuel Guibert, me voilà doublement entraîné vers le grand large. C’est donc une belle escorte qui m’ouvrira plein gaz la Route, celle du Rhum et des alizés que j’espère sensibles à ce clin d’œil, ce sourire en coin qui j’imagine était le sien quand il roulait vers le cap Sizun ou le Raz, la pipe au bec, et qui m’attend déjà à Douarnenez le 26 juin.