J’ai pu, tout le long de ces quatre mois pris, préparer le bateau, et je me rends compte à l’activité fébrile qui règne sur les pontons que tous n’en sont pas là, à moins que j’ai loupé quelque chose, ce qui est  certain mais ma cécité me rassure. Du coup, il m’est peut-ëtre plus facile de m’extraire de cette ambiance de bruits, de monde, d’agitation qui règne sur les quais, les stands, la vieille ville au point que j’en oublierais même St Malo que je vois mal, caché par les mats, les hauts-parleurs.

Je regarde un plus fréquemment les fichiers météo, je range chaque objet sur le bateau pour les retrouver tous même dans le noir, j’essaie de prendre mon rythme et retrouver mes automatismes de mer.

Hier, journée à verifier les programmes de mes deux ordinateurs, le principal et celui de secours, contöler l’électronique et décider de la laisser allumer cette dernière semaine, un détail de plus qui pointe la proximité du départ, presque son imminence, reconfigurer l’AIS qui est maintenant au nom de "Poèmes bleus", il était temps, etc. Ce matin la dernière visite de sécurité, une barrière de plus qui est franchie, ne reste presque plus que l’écluse Dimanche matin à l’aube, mais on gagne une heure… puis le départ 6 heures plus tard..

De mails qui tombent dans ma boîte à courriels, des visites imprévues, des rencontres rythment ces derniers jours, sans pression, et dont je profite avec les douarnenenistes qui sont là et nourrissent de véritables Kouign Amann pétris et cuits sur place des visiteurs éberlués; aujourd’hui un aquarium pour expliquer la faune et la flore de l’estran aux plus jeunes, tandis qu’en arrière-fond d’écran de l’INA, imperturbable et quasi-muet par la technologie cette fois, Georges Perros marche en noir et blanc dans les venelles de Douarnenez et se pose peut-ëtre quelques questions dont on devine des réponses;