1000 milles ce n’est pas grand chose, on me dira, mais c’est beaucoup quand il s’agit de ma première sortie en condition réelle, loin du plateau continental avec un bateau que je ne connais finalement que depuis peu, à passer 6 jours dans le brouillard et le crachin en permanence sans voir le soleil du mois d’aout, et ne voir de la terre que Tréboul au départ et Jersey à l’arrivée.

Alors on peut dire que tout c’est bien passé, puisque je suis parti et arrivé en bateau et obtenu ma qualification; on peut dire aussi que ca a été intéressant de connaitre ce bateau dans la vraie mer, voir ses réactions au vent et à la vague, de faire les manœuvres seul et loin des cotes; dire que c’est instructif de faire quelques erreurs par ci, par là, de faire la liste des choses qui cassent ou qui ne marchent pas comme je le souhaite; et puis aussi on peut dire que c’est difficile, très difficile, que ces bateaux sont incroyablement durs, sautent et vibrent à tout bout de champ, que l’on s’y cogne, s’y fait du mal, qu’on arrive pas à s’y faire à manger, qu’on est sur le pont qu’à quatre pattes, rampant comme un insecte pas encore sur le dos, qu’on est en permanence sur le qui vive à se demander comment anticiper la prochaine erreur et imaginer l’éviter, si c’est possible.

C’est tout cela à la fois, mais en pire, ou en mieux, c’est selon le moment.

J’avais emmené mon casque de montagne au cas ou je devrais monter en tête de mat, et je le mettais a l’intérieur quand j’avais quelques temps à y passer, ça m’a diminué la peur de m’y faire mal et je pouvais enfin m’assoir un peu, il ne me restait plus que le ciel à me tomber dessus…

De retour, je débriefe, réfléchis posément à ce qui a marché, et un peu moins et pas du tout. Il me reste deux mois pour passer au niveau supérieur, il n’y a pas de temps à perdre.