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Monthly Archives: mars 2009

Comme un avion sans aile

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 J’ai repris ma vie transatlantique, et les avions qui vont d’un côté à l’autre de l’océan, et toujours cette bizarre impression que le temps n’est pas le même. Comment identifier cette masse d’eau quand on la survole en moins de 8 heures tandis qu’il faut 2 à 3 semaines en bateau, comment reconnaître cet océan sur lequel on vit tant de choses quand une hôtesse vous apporte un plateau repas?

 

On l’a assez dit que le monde d’aujourd’hui abolit les distances et il faut bien un effort pour se rappeler les nuits de veille, les thès brûlants, les inquiétudes à voir arriver un front. Tout prend une autre envergure au ras de l’eau.

L’océan que je regarde de mon hublot n’est pas l’océan, seulement le signe du décalage horaire qui m’attend et va m’abrutir.

Je regrette alors le bruit des vagues et les oiseaux qui m’accompagnent. Je préfère voir les nuages d’en dessous finalement. Il y a plus d’air à respirer, de lumière à discerner.

 

Tout cela me pousse à m’accrocher à mon projet de Rhum, pour la compétition sûrement, découvrir une histoire que je connais pas, mais surtout retrouver mes nuits et mes jours que je crée à mon envie, me sentir jouer avec les éléments naturels.

J’irais à Tréboul prochainement reprendre en main cette histoire que j’ai laissée inachevée au Marin, y faire un clin d’œil à Charlélie que je retrouverais à New York…

Après le Marin

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Je l’ai donc laissé là-bas, difficilement, sans son mât, sans personne que je connaissais pour le surveiller, à faire confiance au Port du Marin, au transporteur. J’avais le cœur serré quand je m’en suis éloigné.

Il est encore sur son quai ; mais j’ai reçu dernièrement de ces nouvelles, bonnes, par un de mes amis de Martinique qui a par hasard son bateau sur le même ponton. J’étais rassuré, juste à cause d’un mot. L’histoire se ramifie sans que l’on sache toujours comment, et un mail inattendu arrive…

Bientôt il sera à La Rochelle et mon frère le recueillera, puis le montera à Concarneau pour qu’on puisse le remâter, lui trouver de nouvelles voiles, etc, bref en refaire un bateau qui court et qui donne du plaisir. Après nous ne savons pas encore ce que deviendra Zinzolin. Chacun de nous à ses projets pour l’instant distincts, lui une autre mini-Transat, moi ce projet de Route du Rhum qui m’a pris il y 3 ans, un peu follement.

Je suis confronté maintenant à cette réalité-là, et les échéances qui approchent.

18 mois c’est peu, le départ est le 1er Octobre 2010.

Il faut que j’organise un projet que je voudrais tout d’abord littéraire, faire quelque chose pour rappeler que la mer est d’abord un espace de rêve, de fuite de la pensée, une manière de se retrouver soi-même et d’en rapporter le plaisir de le partager aux autres, ceux qui courent et ceux qui restent à terre.

Cette Transquadra m’aura confirmé cela, que cette aventure donne l’envie de la partager : je n’étais jamais seul, vraiment seul, en mer. Pas uniquement par les mots que je recevais, mais aussi tous ceux qui veulent en connaître un bout. Ce n’est pourtant pas facile de revenir et de partager ces moments, il faut du temps, trouver les mots, savoir dire les choses justes que chacun reconnaîtra. Je n’en suis pas encore là, et je ne sais pas dire encore tous les moments. Je me les garde encore, les digère, les métabolise, je m’efforce d’en sortir des émotions qui conviendront. Pour le moment, égoïste, je me les garde précieusement, et je fais la tortue: je sors tout juste la tête.

 

Dans les semaines qui viennent, je rencontrerais des gens qui sont peut–être intéressés à me suivre dans cette histoire.

Et puis il faut que je trouve le temps, celui de m’y préparer complètement, organiser ma vie professionnelle et familiale.

Je lisais cet article de Libération sur Norbert Sedlacek, « vaillant dernier du Vendée Globe », et je me dis qu’il faut y croire, que toute cette énergie rapporte son lot de bonheur à prendre et à donner. Cette étape de la Transquadra m’aura transformé plus durablement que je ne le croyais, mes pépins, la disparition de Jean-Marc Haubois, le plaisir malgré tout cela de me sentir vivant et capable d’engranger les petits bonheurs des jours qui défilent. Oui, ça vaut la peine d’essayer.

Bonites et exocets

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J’ai été suivi pendant plus d’une semaine par un banc de bonites qui devaient se sentir à l’abri ou attirées par la masse grise de ma coque et l’orange de ses appendices. Je ne sais pas.

Elles étaient tout autour de moi, des centaines que je pouvais voir ou deviner, à accéler au gré des vagues. Je pouvais les toucher, si proche, et je ne les péchais pas, je n’en avais pas besoin, ne voulant pas perdre leur compagnie.

Toutes les aubes, tous le crépuscules le même spectacle recommençait. Elles levaient les poissons volants qui s’envoalient en esquadrille, 10, 20 poissons décollants ensemble et volant dans la même direction initaile, sachant par je ne sais qu’elle magie la direction du vent: pratiquement toujours ils partaient du bon côté, décollant face au vent. Ils glissaient ensuite le long des vagues, profitat eux aussi des effets de vent, avant d’atterrir le plus souvent dans la bouche ouverte des bonites qui les attendaient là-bas.

Sinon c’étaient les oiseaux qui les attendaient, profitant de cette agitation pour prélever leur butin.

Sans compter tous ceux qui tombaient sur le pont. Tous les matins il fallaient rejeter tous ces cadavres séchés que j’ai retrouvés même à l’intérieur du bateau. L’odeur…J’en ai essayé des frais en sashimi. C’est bon, une chair musclée sans arêtes.

Ca ne parait pas une vie bien tranquille, celle des exocets!