Comme dans les belles histoires, il y eu un matin puis plein d’autres encore.

Une fois remis un peu de mon démâtage, j’ai vite compris que j’arriverais au bout, qu’il suffisait de  laisser glisser Zinzolin dans les alizés pour tendre vers la Martinique, ce serait seulement long., mais j’avais assez d’eau et de vivre pour tenir facilement encore 3 semaines en faisant attention. Je faisais et refaisais le compte des heures et des jours à venir en me préparaint au pire, sans pilote: dormir 4 à 5 heures par jour, garder une heure pour moi et barrer les 18 autres heures…je commençais à réduire mon monde pour en faire une cellule étroite et protectrice dans laquelle je pourrais me protéger et continuer: économiser les gestes, la pensée, ne pas me fatiguer, ne pas m’user prématurément.

J’avais gréé mon TMT et progressivement confiant avec mon bricolage, j’osais mon ORC de travers comme une voile de skitesurf. Voilà j’en étais là, et ça marchait.

Et comme c’était mon anniversaire j’ai eu des appels sur mon Iridium, le premier de ma fille, qui m’ont permis d’alerter le comité de course, de garder le contact avec le monde extérieur, de me donner des rendez-vous horaires qui permettent d’attendre, de baliser le temps, de ne pas penser à ce qui allait se passer dans 1, 2 ou 10 jours, mais de regarder la journée heure par heure, de fragmenter ce continuum qui sinon semble infini et désespérant.

Jusqu’au moment où j’ai pu entendre le « bip bip bip » du gyropilot qui se remettait en route près de 48 heures après mon dématage. J’ai su alors que ma galère prenait fin.

Comment remercier ceux qui m’ont aidé? Cela paraît ridicule d’allonger des noms mais pourtant c’est grâce à leur aide que j’ai trouve la force de bricoler encore et encore pour que ça marche enfin, mais aussi grâce à leur présence invisible que je me suis senti porté, soutenu dans cet effort. Jean-Claude tout d’abord, mon frère qui faisait le relai entre moi et Fred, Erwan et d’autres du Chantier Structures. Merci à vous tous, merci.

 

Ensuite, j’ai pu me concentrer à nouveau sur la marche du bateau, car accélérer Zinzolin de quelques dixièmes de noeud, ce seraient des jours de gagner, des moments de galère qui s’effacent sur mon tableau des comptes.

Quand j’ai compris que mon mât de fortune tenait, qu’au pire j’avais encore la bôme comme mât de secours, petit à petit je me suis remis à relancer de la toile en essayant toutes les combinaisons, mon ORC et mon tourmentin en grand voile, puis mon spi léger que j’ai redécoupé pour en faire une sorte de « code 5 », et même mon spi loud dont j’avais terminé la réparation un des jours précédents et que je me réjouissais de finalement pouvoir envoyer, mais qui était trop grand et trainait trop d’eau…

Finalement, le code 5 seul était la meilleure option, ma GV ridicule le déventait inutilement. Je me suis vu allonger le pas, faire des journées à plus de 120 milles voire 135 milles, faire des surfs à plus de 8 noeuds…si si, la preuve ! j’en ai été fier et petit à petit je me suis de nouveau senti en course, ridiculement j’ai pris l’heure de fermeture de la ligne, le lundi 24 à 24 heures TU en ligne de mire, je me suis même pris à croire que je la passerais à temps!

Je savais pourtant que je ne pourrais pas remonter dans le vent du cul-de-sac du Marin, mais jusqu’à la fin j’y ai cru, un peu. J’ai mis mon Code 5 et mon TMT et le tout bordé au mieux m’a permis de remonter jusqu’à la bouée MA2, et puis au premier virement de bord il a bien fallu que je me rende compte.

Mais ce n’était plus important, j’avais fait de mon mieux.