Un peu de retard à vous tenir au courant, mais j’ai eu fort à faire ces deux derniers jours.
Mon spi était enfin recousu mercredi et je me préparais à l’envoyer pour mon anniversaire le lendemain, comme un petit cadeau.

En guise de cadeau, j’ai été réveillé vers 6 heures par un grain violent. Je prends la barre pour une succession de surfs longs et denses. Et puis, lors d’un surf plutôt calme, 11 nœuds de vitesse par 25 nœuds de vent, sous GV haute et génois tangonné, tandis que je suis en train de glisser – même pas à la fin du surf, quand on heurte parfois la vague précédente –, mon mât, sans aucun bruit, se brise en trois morceaux. Fin de l’épisode.

Je passe sur ce qu’il faut faire pour se débarrasser des bouts, voiles, haubans, étais, GV…
Puis faire un gréement de fortune avec mon tangon que je me suis précipité à récupérer en premier, les tentatives de voilures avec le tourmentin, puis finalement l’ORC, et réaliser que mon pilote ne marche plus. Une odeur de brûlé dans le local technique m’avait alerté, mais j’avais autre chose à régler.

Alors c’est tout d’un coup l’inquiétude de me voir pendant dix-quinze jours barrer 20 heures sur 24. Cette journée du 5 a été pénible, avec la peur de souffrir longtemps avant de pouvoir me remettre ; se dire qu’il n’y a pas d’autre solution, et le sentiment brutalement de se sentir très petit, fragile, perdu entre un ciel fin et le fond de l’océan, suspendu entre deux rives bien éloignées – je regarde la carte et me retrouve en plein milieu avec 1400 milles à parcourir.

Je fais comme on me dit et j’essaie de m’organiser, de me projeter dans le futur, l’arrivée, de penser positif.

Quelques appels me réjouissent, c’est inimaginable comme une voix peut ainsi procurer du réconfort, le simple plaisir d’entendre une voix, même inconnue quand c’est le CROSS Gris Nez qui me demande de mes nouvelles ou Laurent Bolo du comité d’organisation ou encore Laurent, un autre concurrent qui a abandonne au Canaries, qui m’appelle juste pour passer 15 minutes avec moi. Et puis surtout mon frère qui se démène avec les spécialistes du Chantier Structures pour trouver la cause de la panne, offrir une solution.

Cet après-midi, j’ai enfin entendu le beeep du gyropilote qui se remettait en marche et tout d’un coup, un énorme soulagement, savoir que je pourrais me reposer, manger, et surtout malgré tout prendre du plaisir à être là, sur l’eau, prendre mon bol d’air.

Arrivée dans dix-douze jours ? Il me reste 1100 milles…Une autre aventure dans l’aventure, plus personnelle, commence. Moi qui était venu pour apprendre la course au large en solitaire, je suis servi. Pilotes en rade, spis éclatés, démâtage – il ne me reste plus que l’Ofni et je crois que j’aurais fais le tour des problèmes possibles !


PS technique


1. La cause.
Ce démâtage est très probablement la conséquence de la collision de cet été qui a fragilisé l’espar, mais qui est restée masquée. J’ai récupéré le morceau de mât intermédiaire pour que l’expertise puisse avoir lieu.

2. Le gréement de fortune. Le mât s’est brisé à 40 centimètres au-dessus de la bôme. J’ai fixé le tangon le long du moignon d’espar et passé deux drisses en tête. L’une sert de pataras et l’autre tient l’ORC qui est donc sur le côté, le point de tire étant devenu le point d’écoute. J’ai donc comme une voile de kite-surf qui m’a quand même permis de surfer cet après-midi à plus de 7 nœuds ! Cela dit, j’ai trop peur que le tangon ne casse : vitesse moyenne sur le fond autour de 5 nœuds au grand-largue.

3. Le pilote. C’est le régulateur de tension entre l’alimentation électrique et l’ordinateur du gyropilote qui a fondu – pourquoi?  Il a suffi de le court-circuiter et de brancher directement le gyropilote sur l’alimentation générale pour que celui-ci fonctionne à nouveau. Je n’ai plus qu’à rebrancher tout ce que j’avais retiré pour isoler petit à petit l’origine de la panne…