Il y a en ce moment à Nantes «Les Folles Journées» et mon frère me tient régulièrement au courant de tous les concerts auxquels il assiste, pour me faire bicher un peu, me prouver qu’on peut aussi avoir du plaisir à terre. Du coup j’ai écouté les «Variations Goldberg» moi aussi. Pour dire.

Enfin, écouter est un peu exagéré… Disons que j’ai branché le morceau sur mes haut-parleurs. Ça a de l’effet cette musique qui résonne à l’intérieur du bateau et qui dehors se perd, genre «Apocalypse now»version Alain Gerbaud.

Mais je n’écoute rien, évidemment, pas dans l’esprit ni vraiment l’envie de m’y mettre et, au final, je mets peu de musique même si mon iPod pourrait sans doute couvrir toute la traversée, mais je n’en ai guère le goût. Parfois, un morceau précis me vient à la mémoire que j’ai envie d’écouter, mais c’est tout. Le vent se suffit à lui-même ; l’eau qui s’écoule le long de la carène remplit suffisamment l’univers sonore, et j’écoute aussi le bateau.

«Si on suivait les voies ferroviaires, qui aurait le pied marin?» chante Alain Baschung, et ça me poursuit jusqu’ici. Il y a peut-être également une poésie à suivre les voies ferroviaires après tout, je ne sais pas; – on parle bien des alizés comme d’une autoroute.

En tout cas, j’en ai payé bien cher le péage. Mes spis en capilotade, j’ai tangonné mon génois – j’ai bien fait d’en prendre un grand et de ne pas me limiter à un solent !– et j’ai installé mon solent justement version tall-boy ou big-boy, je ne sais plus. Je crois y avoir gagné en puissance et en vitesse, je me rassure comme je peux, et puis, ça donne un côté vieille marine à Zinzolin qui rajoute un peu de paradoxe à la situation qui est déjà bien cocasse.

Coté météo, j’essaie de ne pas trop descendre, maintenant, pour garder de l’angle et ne pas finir vent arrière. Pour l’instant, j’avance dans un ciel gris à 150 degrés dans 15 nœuds de vent et ça me va bien ainsi, cela devrait me porter naturellement vers les Antilles avec un flux de Nord-Est forcissant à fur et à mesure. Ça semble loin encore.

En attendant, je retourne mettre un peu de charbon.

Hier, j’ai vu mes premiers exocets. C’est un poisson surprenant.